Tidoudou et son capitaine repartis pour de nouvelles aventures…

Début Juillet

Après un automne mouvementé, le bateau et son équipage ont pu hiverner et laisser poser les choses. Ce temps fut nécessaire pour intégrer et accepter une nouvelle situation ( l’état du bateau et notre séparation entre Marco et moi). Il fut aussi bénéfique à la réflexion concernant Tidoudou et son devenir.

Ce bateau qui a porté nos rêves durant des années, ne pouvait être abandonné comme ça au bout du monde…

Marco décide de repartir aux Tonga et de tenter de lui redonner vie.

Au mois de Mai, il part donc retrouver notre Tidoudou blessé (que l’on a bien cru mort).

Vues les infrastructures et matériaux sommaires présents sur les lieux, les travaux doivent être adaptés.

Après s’être longtemps renseigné, après avoir confronté différents avis auprès de professionnels, il s’avère que le plus judicieux pour la réparation est de mettre un gros pansement sur la plaie béante de Tidoudou. Marco aidé d’un gars du chantier réalisent un beau travail sur la coque. Et quelques jours plus tard, le bateau retrouve son élément.

L’inquiétude demeure un peu sur l’efficacité de cette réparation, c’est pourquoi Marco passe quelques jours autour de Vava’u dans le lagon, afin de s’assurer qu’il n’y ait plus aucune fuite.

La nouvelle donne est que Marco est à présent seul pour mener le bateau et qu’il va devoir se familiariser à toutes les manœuvres en solo (sans son ancienne équipière).

Connaissant la difficulté de certaines manœuvres, je suis un peu inquiète, mais il me rassure en me donnant des nouvelles :

« Je suis fin prêt, j’ai claqué un peu plus de 200 miles. Je suis descendu jusqu’à 35 miles de la capitale. Tout y est passé, vent fort, vent faible, 15 noeuds, toutes les allures… J’ai sorti toute la garde robe, génois tangonné, trinquette, solent, même le spi…

Le bateau m’impressionne depuis que je l’ai vidé, il marche du tonnerre. Il ne plante plus dans les vagues au prés, il se cale a un peu plus de 5 noeuds et il trace sa route sans buter dans la houle. C’est très rare quand je suis en dessous de 5 noeuds même par brise de demoiselle…..

je suis au poil question manœuvres, je me régale : prise de ris au vent arrière, mouillage à la voile, essai de prise de ris à toutes les allures : ça marche non de dieu !!! bref je m’occupe bien.

J’ai repris confiance en Tidoudou et j’y mets plein de positif… »

Sa vie semble plutôt bien s’organiser, même si la vie à bord n’est jamais de tout repos, mais toujours pleine de surprises.

Dans son dernier mail, il en relate quelques bribes !

« J’ai fait ma sortie il y a maintenant 1 semaine. Apres avoir fait les papiers, je décide donc de me caler a Uoleva pour laisser passer un alizé musclé de 25 à 30 nœuds. Avant de mouiller, j’enfonce la clef dans la fente la tourne vers la droite,appuie sur le bouton…..rien ! Je pense tout de suite à une panne électrique, je me dirige vers le guindeau rien non plus…..bon ben, je me mets à la cape sèche, je regarde un peu partout : plus de batterie…

Je remets la grand voile 2 ris et je m’en vais mouiller à la voile sans guindeau.

Tout se passe bien mais maintenant faut trouver une batterie……je remue ciel et terre et j’arrive à trouver un bateau qui n’emmène à Pangai.

Une fois arrivé, je fais le tour des shops et c’est le même accueil partout :  -« yeah aaah nooo!!!! »

Bon je rentre au canot et après une bonne nuit je décide d’aller marcher un peu pour me détendre. Je passe derrière le bar de la plage et la miracle devant moi une batterie connectée à une vielle pompe à eau pourrie.C’est ma chance je trouve le proprio un neo zélandais et il accepte de me la vendre…..et elle marche!!!!!

J’ai changé de place hier je suis Haafeva 19°56S/ 174°42W. Je me suis bien fait secouer le bateau a été super. Je dois encore rester planqué une dépression tropicale ce coup ci !!! Je ne peux pas bouger avant dimanche minimum……

J’ai chopé un thon assez balaise en arrivant, beaucoup trop gros pour moi du coup je me suis pointé au village et je l’ai donné à un local.

Il m’a direct invité a manger un cochon à la broche.

Je me pointe à la maison : une cabane en tôle, pas d’eau courante pas d’électricité. La cuisine un trou dans le sol garni de quelques buches et de belles braises bien rouges. Pendu au plafond, notre cochon de lait prêt a se faire bronzer sur les braises.Toute la famille est là, les 2 sœurs, le père 75 ans et la mère. C’est l’événement de l’année un étranger à la maison…

Il y a aussi quelques chiens pourris, des cochons dans la coure, des chats aussi maigres que des squelettes.

C’est mon pote pita qui s’occupe de faire tourner le porcelet sur les braises.

Moi je suis bien installé sur l’unique chaise en plastique déglinguée, dégustant noix de coco et fruits de la passion. Je tiens le crachoir avec la soeur qui à mon plus grand bonheur parle anglais.

Au bout d’une heure de cuisson, je me vois servir une bonne jambe entière avec un bout de fruit de l’arbre a pain.J’en chie comme un porc c’est le cas de le dire pour venir à bout de ma viande et mon gras.

Plus un mot, la famille se régale le père a pris la tête et les entrailles qu’il a l’air d’apprécier…

Apres le repas : un bon café au lait, moi qui ne bois jamais café…..

J’ai passé un bon moment dans la plus grande simplicité même si j’ai eu du mal à finir la viande mais je suis toujours vivant…..

Je suis heureux sur le bateau, je me sens de mieux en mieux dans cette baraque flottante… Finalement j’ai plus de confort que là ou j’ai mangé hier…..

J’ai fait la paix avec le bateau et je sens que l’océan me tend les bras maintenant.J’ai hâte de partir… »

Le capitaine attend donc le prochain créneau météo, lui permettant d’entreprendre la traversée à l’Ouest. Il va faire cap sur les Vanuatu en longeant le Sud des Fidji.

Son moral semble aussi gonflé que ses voiles. Une grande et belle expérience l’attend… Partir seul en mer demande du courage ! On ne peut compter que sur soi. Mais c’est aussi un moyen d’aller explorer ses limites, d’apprendre à gérer le mental, de se confronter à la grandeur des éléments et de se sentir vivant…

Je respecte le choix de Marco et je sais qu’il en sortira grandi. Je suis heureuse qu’il ait pu redonner vie à ce voilier.

De l’autre côté de la terre, je suis leur sillage, car leur histoire est encore un petit bout de la mienne. Le capitaine me donnera régulièrement ses positions afin de les suivre durant leur parcourt.

Premier objectif : regagner la Nouvelle Calédonie et de là, peut être l’Australie…

Alors, en ce qui me concerne, il est vrai que de ne plus être du voyage me serre un peu le cœur en me remémorant la vie à bord et ses destinations au goût de soleil. Mais tout choix a ses implications et les vents me poussent à présent à terre et semblent vouloir m’ancrer davantage. Il est agréable aussi de se poser, de ne plus être sur le qui-vive, de pouvoir dormir paisiblement, à avoir un certain confort… La vie terrienne a ses avantages…

Parfois, elle nous appelle là où l’on doit être et il se trouve que je peux être utile en ce moment, auprès de mes parents. Suite à un accident et problème de santé, mon papa subit des stages à hôpital, et c’est bon d’être là pour soutenir ceux que l’on aime. Les priorités s’orientent naturellement, tout en nous réservant toujours de belles surprises…

J’ai pu faire une escapade de quelques jours à Rome et découvrir cette ville chargée d’arts et d’histoires…

Si je crois que les voyages forment la jeunesse, nos esprits et nos cœurs… je crois aussi que parfois, les voyages se font au détour de notre quartier, juste là : avec ceux que l’on chérit ou dans une rencontre, un sourire…

Bon voyage à vous tous.

Je redonnerai des nouvelles prochainement de Tidoudou et son capitaine.

Le 08/07

« Ca y est !  demain matin c’est le départ !!!

j’ai 5 jours corrects, après ça bastonne…..

Donc je m’arrête aux fiji : 500 miles
WWAAAAOUUUUUH cette fois ci, l’aventure commence!!!!!

Le 10/07

Un petit mot de la pleine mer… je suis a 19°09S/176°20W
J’ai eu un bon 20 noeuds bien rouleur et comme tu imagines j’ai pas
beaucoup ronqué, le moral et au beau fixe. Il pleut a moitié ce matin vent
très irrégulier…

Le 11/07

Position du jour 18°32S/178°16W
Tout va bien à bord j’ai choppé 2 mahi -mahi hier. J’en ai remis un à l’eau….
La mer est assez agitée.

A cause de mes copains les grains, j’ai explosé un réservoir d’eau dans la nuit, grosse frayeur…. j’ai cru que c’était la quille à nouveau, mais heureusement c’est de l’eau douce.
La suite demain…

Grâce à l’iridium ( téléphone satellite) nous pouvons nous écrire par mail et donner des nouvelles régulièrement. Je lui demande de quelle façon il gère son sommeil et comment il va moralement ???

Le 12/07

Le sommeil hé ben, c’est pas compliqué, je suis toujours allongé en train
d’essayer de me claquer un sieston. Je suis mort de fatigue mais le moral est bon….
Je suis passé par toutes les phases mentales je crois… Une vraie merde!!!
j’ai enfin réussi a lâcher en début de soirée hier.
je vais m’arrêter au Fidji et surfer un peu là bas.

Il ne me reste que 180 miles ce matin.

Le 13/07

Ca y est je suis arrivé aux Fidji à 2 heures du mat!!!

J’ai réussi à choper une bouée en pleine nuit, sans lune, au beau milieu d’une forêt de bateau….

Je suis content !!! Je vais aller maintenant visiter douane et autre immigration…

Je suis heureux de ne plus être aux Tonga. C’était beau, mais bon… je n’en

pouvais plus de partir.

Le dernier jour avant mon départ, j’ai tapé un job ( un des meilleurs poissons!) avec mon flingue : quasiment 1 mètre le gaillard….(mon plus beau poisson à ce jour en chasse sous marine) !!!

J’ai vraiment pris ça : comme mon cadeau de départ,  « – Merci grand père ! » comme dirait l’autre…

L’attente du départ a été éprouvante. J’avais peur de me lancer, rongé par le doute, plus j’attendais plus je cogitais…..

Je suis parti après quasiment 15 jours de vent à 25,30 nœuds, voire plus je pense au large.

Dès que ça s’est calmé, j’ai hissé les voiles, erreur… !!! Car la mer, elle, n’avait pas eu le temps de se reposer.

Avec un vent à 20 nœuds et une mer démontée comme rarement je l’ai vu, je me suis fait rouler dans tous les sens pendant 2 jours… Encaissant en plus, grains sur grains. Bref, j’en ai eu pour mes tunes comme on dit !!! et finalement, c’est quand j’ai accepté de me faire défoncer que tout c’est calmé…..

J’ai péché 4 mahi-mahi, j’en ai remis 2 à l’eau. Je suis en train de devenir bleu-jaune avec quelques petits points gris.

Le dernier faisait son mètre tranquille. je ne sais plus quoi en faire !!!

J’ai eu la compagnie de 3 baleines pilotes pendant 2 bonnes heures. Elles

faisaient comme les dauphins à l’avant du bateau et moi je regardais comme

un gosse les mains agrippées sur le balcon.

J’ai vécu cette traversée comme une leçon ! je me sens un peu moins con qu’avant et finalement je crois qu’en mer on a ce qu’on mérite….c’est quelque chose le grand large….

J’ai maintenant devant moi : 200 miles d’île en île, puis 450 miles pour la traversée vers les Vanuatu..


2 Commentaires

  1. Christophe marmoud dit : Répondre

    Bon vent à toi et enjoy! Continue à nous faire rêver!

  2. christian.marchive dit : Répondre

    Bon vent Captain.

    le solitaire va t’apporter quelques poussées d’adrénaline mais également des satisfactions et une plénitude que tu ne soupçonnes pas…
    un seul conseil du vieux: déplace toi le moins possible vers l’avant et garde 4 mains pour toi et une pour le bateau.
    Enjoy!
    Amitiés !
    Et chapeau.. Tu me fais revivre bien des souvenirs…
    Salut Nouméa pour moi. J’y ai passé 3 ans gamin… et je n’ai pas réussi à y amener Birabao!.
    bon vent.
    Christian

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