Tonga! Nous voilà!!!

Le 27/06/2017

 

Les berges plates de Niue disparaissent peu à peu à l’horizon, nous reprenons enfin notre route.

Il nous aura fallu patienter 10 jours pour qu’un créneau météo s’offre à nous. Heureusement que Niue a quelques centres d’intérêts et curiosités. Cependant, on en a vite fait le tour ; Seuls les quelques routes et sentiers tracés permettent d’arpenter ce bout de terre car la nature est quelque peu

impénétrable (végétation rase, coupante, épineuse et roches acérées). L’ambiance de cette île est toutefois assez particulière : est ce le fait qu’il y ait des tombes partout : (tout au long des routes, devant chaque maison, en pleine nature…) ; il n’y a pas de cimetière, chacun enterre ses morts sur son terrain. Est ce le fait que les villages aient un air désaffecté, beaucoup de maisons tombent en ruine ? Est ce le fait de ne voir pas grand monde ? On a l’impression que cette terre malgré ses merveilles côté nature, est morte côté humain. Ces îles totalement isolées du reste du monde sont parfois attrayantes, mais on a du mal à s’imaginer y vivre en permanence…

Aujourd’hui, nous respirons le grand large et même si le côté humain n’est guère plus vivant, l’océan, lui, l’est. Sa respiration est calme, sa peau lisse, seules des ridules se forment sur sa surface par la présence d’un vent léger. Entre les forts alizés, les zones de convergences, les grains, les dépressions, pas de vent ou dans la mauvaise direction, la houle… ce n’est guère facile de trouver des conditions idéales !

Il existe heureusement des conditions idéales : comme cette journée qui glisse, portée par 15 nds de vent sur une mer relativement calme, éclairée d’un franc soleil… Quelques oiseaux viennent dessiner des arabesques au dessus de nous, ils semblent intrigués. Ce paysage bleuté illimité nous aspire dans une autre dimension où les repères terrestres ne sont plus, où le temps se module différemment, où le monde civilisé s’efface. Cette solitude agréable, nous recentre dans le présent. Parfois, j’en viens à penser que le but d’une existence peut prendre sens rien qu’en étant témoin de cette beauté et perfection qui nous entoure. La nature et ses éléments ont le pouvoir d’aiguiser notre conscience de l’unité et de nous inclure dans leur mystère. Cependant, nous leur restons soumis. Pour le moment, ils nous sourient… Le soleil nous envoie même un clin d’oeil en forme de rayon vert au moment ou il disparaît.

Cette nuit, ils ont décidé de nous jouer un tour ; ils nous envoient une ribambelles de grains pour nous assaisonner un peu, histoire d’équilibrer cette journée. Le vent monte, la houle se forme rapidement, les rafales et la pluie arrivent et on s’en prend plein la gueule. Toute la nuit, sans interruption, nous nous relayons toutes les heures à la barre, car nos bras fatiguent vite avec la puissance exercée sur le safran. Et pour couronner le tout, la voie d’eau de mer, dont l’origine est non identifiée, se fait plus intense, il nous faut éponger régulièrement les cales. Nous commençons à penser que ce problème d’eau pourrait venir de la quille ( et ça c’est pas bon!). Lors de la mise à l’eau du bateau, celui-ci est partit en piqué du nez en appuis sur l’avant de la quille, les sangles attachées à la grue avaient ripées.

Marco est très inquiet. ; il envisage de se dérouter afin que nous ne soyons plus à l’allure du près qui peut solliciter davantage la quille. Alors commence un début de mutinerie à bord… La coéquipière ( ma pomme) se rebelle. Ma fille et son copain sont déjà arrivés à Nuku Alofa, ils nous y attendent. De plus, que l’on se déroute ou non, il reste le même nombre de milles pour rejoindre la terre.

Nous trouvons un accord celui de la prudence, en contactant le CROSS Grisnez afin qu’il nous suive pour la fin du trajet. Ainsi, nous leur communiquons par tel satellite notre position à heure régulière.

Le jour point et avec lui les grains nous quittent enfin ! Les alizés se rétablissent, mais nous contraignent toujours à rester à l’allure du près serré. Nous sommes crevés, après 2 nuits sans sommeil et d’inquiétude, nous nous octroyons des petites heures de somme à tour de rôle.

Nous passons au dessus d’une des plus profondes fosses marines : 10 275mètres de fond sous le bateau : de quoi donner le vertige et fertiliser l’imagination…

Nous capturons un thon jaune bien dodu de 8 kg qui nous donne un peu d’occupation à bord. De quoi se régaler demain avec nos matelots.

Après une nuit ponctuée de manœuvres que l’inconstance du vent nous impose, nous apercevons au loin les îles des Tonga… Depuis l’année dernière tel est notre but, que de temps et d’effort pour y arriver, vingt dieu!!! Cette partie du Pacifique entre Tahiti et Tonga est appelée : « dangerous middle » non pas sans raison !

A l’entrée du bras de mer pour rejoindre le port, une baleine vient nous saluer à quelques mètres du bateau : nous ne pouvions rêver meilleur accueil. Ce qui n’est pas le cas du douanier auquel nous avons à faire sitôt le pied posé à terre, pour les paperasses d’entrée, jamais vu pareil connard. Mais on oublie vite cet homme détestable avec l’arrivée de Loukia et Willy que l’on retrouve tout de suite après. Tout s’enchaîne à une vitesse folle !

S’il y a des moments de bonheur celui-ci en fait partit. Nous sommes saoul de sommeil, le mal de terre nous met dans un état d’ivresse et le fait de retrouver ma fille après 2 ans d’absence, me propulse dans un état d’ébriété totale…

Nous regagnons illico le bateau et nous mettons les voiles en direction d’un mouillage sous une petite île, avant que la nuit tombe. Un arc en ciel incroyable vient colorer ce moment, comme pour célébrer ces retrouvailles.

Loukia vadrouille autours du monde depuis 2 ans entre Canada, Californie, Indonésie et Australie et nous nous retrouvons là, sur notre petit bateau au milieu du Pacifique. La vie est pleine de surprises.

Willy est un beau Californien, jovial, à l’enthousiasme contagieux qui est excité à l’idée de vivre l’expérience de la vie à bord. Nous parlons donc en Anglais ce qui est parfait, j’espère ainsi progresser !!!

La capitale Nuku Alofa est très vivante et colorée ( quelle différence avec Niue!) Même si nous sommes en ville cela ressemble plutôt à un gros village. Une joyeuse circulation anime la rue principale avec des hauts parleurs déversant de la musique rythmée, les voitures sont décorées : c’est l’anniversaire du roi ! En plus de toute cette agitation, les rues grouillent de petits marchés : étales de fruits, légumes, artisanats… Tous les gens nous saluent gentiment. Quel dépaysement ! On se croirait presque au Cap vert. Le niveau de vie ici, est le plus bas de tout le pacifique ( personne n’est venu le coloniser), c’est assez roots. Pas de building ou devantures tape à l’oeil, mais des cases et maisons aux peintures un peu défraîchies et toits en tôle. Les gens, par contre, sentent bon le propre, ils sont très soignés et leur sourire laisse apparaître toute leur richesse.

Cet après midi, Marco et les jeunes partent voir un grand match de rugby : Samoa-Tonga, il va y avoir du spectacle… Quand à moi j’accuse un peu le contre coup de ces derniers jours, et préfère me coller une sieste tranquillou, et préparer un repas d’anniversaire car Loukia a aujourd’hui 25 ans.

Dès le lendemain, nous mettons les voiles en direction de petites îles. Lagon parfait pour mouiller, et de quoi explorer. Willy et Loukia sont curieux de tout et très vite, les manœuvres à la barre sont acquises. Ces jeunes nous épatent par leur enthousiasme, leur capacité d’adaptation, leur savoir faire et savoir vivre… Ils grimpent aux cocotiers pour aller nous chercher de quoi boire, ils plongent en s’initiant à la chasse sous marine, ils sont toujours partant et volontaires : un pur régal ! Nous apprécions vraiment leur présence pétillante. Marco et moi, nous nous faisons une joie de transmettre nos connaissances.

Quelques baleines viennent nous éblouir et rajouter de l’euphorie à bord.

Chaque jour, nous changeons de mouillage et découvrons de nouveaux îlots. L’une d’elle est habitée : petit village en terre battue, cahutes spartiates en tôle, cochons en liberté… Le niveau de vie ne semble pas très élevé, mais l’atmosphère est tranquille.

Il est temps de retourner à la capitale pour quelques courses avant notre départ pour Haapai à 40 milles de là. Cet archipel isolé n’est pas habité, aussi mieux vaut faire quelques provisions… Nous remonterons après peu à peu vers Vava’u.

3 Commentaires

  1. Olive dit : Répondre

    Ca sent le bonheur à plein nez !!!!
    Profitez bien de ces chouettes moments
    Gros bisous
    Olive

  2. Kevin et moi-même vérifions votre blog du sud de la Californie. Nous aimons ça. C’est tellement agréable de vivre ce voyage épique que vous êtes tous ensemble de tous les coins de l’autre côté du monde. Nous sommes tellement heureux que Willis puisse être avec vous tous et apprendre à naviguer et à naviguer. Comment admirer ces images. Ils sont à couper le souffle.
    Joyeux anniversaire à Loukia! Nous l’aimons et avons été tellement heureux de l’avoir ici chez nous sur l’avenue Greene. Bonne chance! Jody et Kevin

    1. sabrina01 dit : Répondre

      Bonjour!
      Merci beaucoup pour ce commentaire et votre gentil mot! Nous avons plaisir à avoir Willy et Loukia avec nous! Ils sont supers et s’adaptent à toutes situations. Votre garçon est charmant! Nous passons d’agréables moment tous ensemble, nous admirons les baleines et profitons des îlots déserts… Une merveille! Cordialement…