De Rota à Guadiana du 15/07 au 23/07

Le 15/07

Nous laissons derrière nous ce charmant village blanc de Rota, pour quelques heures de navigation houleuse. La mauvaise direction du vent et la houle nous arrêtent à Chipinona une nuit. Le lendemain l’océan se pare d’un manteau lisse, au reflet d’argent. Nous glissons sans bruit sur cette étoffe avec un vent régulier. Ce matin semble propice à la pêche: un gros bars ouvre le bal. Il mords à l’hameçon et se barre avant d’être remonté à bord!!! Mais notre déception est de courte durée.

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Liches et maquereaux ne nous laissent plus une minute de répit: nos deux lignes de traîne sont prises d’asseau. L’un de nous deux ramène le fil, l’autre attrape le poisson. Marco se charge de la tuerie et du vidage d’entrailles, moi d’en faire des filets et de les assaisonner. Au bout de dix prises on estime en avoir assez pour quelques jours, alors on enlève les lignes. Durant 35 miles nous naviguons entre les filets de pêches et bouées. Les pêcheurs, ici, ne laissent aucune chance aux poissons et aux plaisanciers de rejoindre le littoral, pas un passage pour se faufiler entre leurs mailles. C’est un véritable parcours du combattant. Il nous faut un vigile à l’avant du bateau pour repérer les obstacles et l’autre à la barre pour slalomer entre ces mines. Je ne sais si tout cela est bien règlementaire mais ce que je sais c’est qu’il vaut mieux pas se prendre un filet dans l’hélice ou le safran!!

Heureusement , nous arrivons avec soulagement au coucher du soleil dans le chenal de Rio Guadiana. Je ne sais comment nous aurions fait, de nuit, pour éviter toutes ces bouées!!!

Le 17/06

La rivière de Guadiana remonte sur 20 miles navigable; rive gauche le Portugal, rive droite l’Espagne, au milieu Tidoudou.

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Nous passons sous un pont qui me paraît pourtant bien bas par rapport à la taille de notre mât!!! Nous glissons à la voile puis au moteur lorsque le lit bifurque. C’est un nouveau type de navigation!

Devant nous, un paysage semblant sortir du pinceau d’un artiste nous surprend.

Des senteurs aromatiques d’herbes sèches viennent compléter le tableau.( ciste, romarin, essences diverses…)

Des vallons parsemés d’oliviers nous offrent toute une palette de couleurs terre: de sienne, d’ombre brulées, d’ocre avec des dégradés de verts…

Une frange de roseaux et hautes herbes bordent les rives. C’est un sanctuaire à oiseaux. Nous nous laissons porter par leurs chants et le courant.

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Ici la chaleur teinte le paysage, l’air et le temps.

Malgré les 50°c, le calme de ces lieux se fait douceur. Il est possible de se mettre à l’ancre le long des berges, c’est ce que nous faisons à mi-chemin. Puis, comme le courant se fait plus fort, nous regagnons un ponton au pied d’un petit village.

Comme il est impossible de rester à l’extérieur avec l’air brûlant; nous nous calfeutrons dans le bateau en attendant que le soleil baisse. A partir de 20h cela commence à être plus supportable.

Moi qui aime le soleil me voilà servie!!! En plus,il nous impose une sieste l’après midi!

Au matin, nous partons marcher dans les terres au milieu des collines d’oliviers, d’ orangeraies, mais la chaleur nous ramène rapidement au bateau.

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En tendant des bâches, la coque prend moins de soleil, en nous arrosant régulièrement nous résistons!!! Pas de brise marine pour rafraîchir, une véritable fournaise!!! Nous n’avions jusqu’alors jamais eu aussi chaud.

Le 17/07

Au matin, nous décidons de remonter au plus haut de la rivière: à Alcoutim. Son lit remonte encore, mais notre tirant d’eau ne nous permet pas de continuer.

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Nous profitons de la marée haute et du courant pour aller jusque là. Il semble que ce lieu soit prisé car il y a beaucoup de bateaux au mouillage et aux 2 pontons. Toutefois, une place disponible semble nous attendre. J’entreprends la manoeuvre pour accoster, le courant est fort. J’arrive presque au ponton quand un mec sur son bateau moteur me crie de dégager. Je tente la marche arrière mais cela n’est pas possible; marche avant, avec le courant il faut mettre plein gaz pour le contrer et le bateau garé devant se rapproche dangereusement. L’arrière de Tidoudou ne passe pas, Marco tente de parer le choc, mais rien à faire. BOUOUOUM!!! Nous prenons l’étrave du bateau sur notre bord arrière. Là, tel un diable sortant de sa boîte un gars surgit de l’intérieur du bateau en jurant en Français: les putains de merde, de bordel !!!

Je comprends qu’il ne soit pas très content. J’ai les jambes qui tremblent et je me confonds en excuses. En lui expliquant la situation , il se calme. Son bateau n’a pas l’air d’avoir souffert.

Nous allons mouiller plus loin et constater les dégâts: la filière est toute tordue, le portique des panneaux solaires défoncé côté babord et un pet à la coque (réparable avec de la résine.) Marco se transforme en Hulk pour tenter de détordre les barres d’inox. Ses efforts malgré tout, sont efficaces car le portique (qui avait franchement ramassé) à maintenant un air customisé. Bon rien de bien grave, juste emmerdant!!! On décide d’aller se remettre de notre journée épuisante de réparation et de cette chaleur épouvantable ( 40°c dans le bateau à l’ombre) en allant boire une bière au village. Il faut gonfler l’annexe, ça c’est pas une partie de plaisir!!! Après une heure et demi nous sommes prêts, on démarre le moteur!!! Maquache walou!!! Il veut rien savoir l’enfoiré et refuse de démarrer. Là, on a tellement soif, que l’on tente le tout pour le tout!! rejoindre le ponton à la rame. Mais ce satané de courant est toujours là, plus fort que nos malheureux petits bras.

Un couple d’ Allemands en annexe prennent pitié de nous et viennent nous tracter. La Sagrès (bière locale) a une saveur extraordinaire aujourd’hui!!

Nous voulions faire quelques courses mais tous les magasins sont fermés à cette heure là!! pas de bol aujourd’hui!!! Marco au réveil tente une nettoyage du moteur, mais il ne démarre pas pour autant!! nous voilà donc coincés au mouillage. Du coup on décide de retourner au village de Naranjeiras où l’on peut se mettre au ponton et aller à terre.

Nous relevons l’ancre, et constatons qu’un énorme bout de bois s’est enmêlé dans la chaîne!! Ca continu les emmerdes!!! le bateau ripe, Marco saute dans l’annexe et se rend à l’avant se battre avec le morceau de bois, l’ancre lui tombe sur l’avant bras. Ca gueule!! J’arrive à maintenir le bateau sur place avec l’aide du moteur. La chaîne enfin dégagée nous nous laissons porter par le courant, soulagés de quitté cet endroit maudit. Nous voilà à nouveau au village de Laranjeiras( chaud mais paisible). Seuls les coqs et les chiens errants se font entendre. Un unique petit restaurant à la décoration rustique fait notre bonheur!!

Une apparition incongrue, nous surprend, alors que nous marchons pour rejoindre le village voisin. Un bateau fiesta remonte la rivière avec la musique au taquet, un DJ, et des gens qui danse à bord!!! On croirait un bateau échappé d’Ibiza!! C’est complètement hors cadre avec l’environnement sauvage. On imagine la terreur des oiseaux en entendant ce barouf, nous même en restons bouches bées. Derrière les collines de gros nuages noirs obscurcissent l’horizon, ce sont les fumées des incendies qui frappent actuellement le Portugal. Il y en a un à quelques kilomètres de là!

Le 22/07

Au matin, à la fraîche par 35°c, nous partons marcher dans les coteaux. Le décors aride contraste avec les berges verdoyantes de la rivière. Le vent murmure et la terre se prépare à recevoir les rayons ardents du soleil. Nous faisons demi- tour avant qu’ils nous sèchent sur place. Voilà une semaine que nous sommes là, bercés par un rythme tranquille et non la houle. Ca fait du bien d’être un peu terrien, mais l’océan nous attend ainsi que sa fraîcheur. Demain à marrée descendante, nous nous en allerons……

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